L’ambassadeur poussa un cri terrible, car l’une de ses jambes était tordue selon un angle bizarre, et, sous le coup de la douleur et de l’humiliation, il frappa le sol à plusieurs reprises du plat de la main. Il se peut que de nos jours la diplomatie se pratique de manière plus sophistiquée au palais de mon frère Stirron.

J’avais douze ans et je commençais à devenir un homme quand mourut le septarque. J’étais à son côté lorsque la mort le prit. Afin d’échapper à la saison des pluies, il s’en allait chaque année chasser le cornevole dans les Basses Terres Arides, dans la zone même où, à l’heure actuelle, je me cache et attends. Jamais je ne l’avais accompagné, mais, en cette occasion, j’avais été autorisé à suivre la chasse, car j’étais désormais un jeune prince et je devais apprendre à pratiquer les activités qui convenaient à mon rang. Stirron, en tant que futur septarque, avait d’autres tâches à remplir : en l’absence de mon père, il restait dans la capitale pour le remplacer comme régent. Sous un ciel ennuagé aux teintes mornes, l’expédition, composée d’une vingtaine de voitures, se mit en route en direction de l’ouest, à travers les terres plates, détrempées et dénudées par l’hiver. Cette année-là, les pluies étaient sans merci, transformant en bourbiers les précieuses parcelles de sol fertile et érodant les affleurements rocheux de notre province. Partout, les fermiers réparaient leurs digues, sans résultat ; en voyant les rivières gonflées charrier dans leurs eaux brunâtres les richesses perdues de Salla, j’avais envie de pleurer à l’idée de ces trésors qui allaient être déversés dans la mer. Nous arrivâmes dans Salla-Ouest, et la route étroite commença à grimper les premiers contreforts de la chaîne des Huishtors ; bientôt, nous fûmes dans une région plus sèche et plus froide, où de la neige et non de la pluie tombait du ciel, et où les arbres n’étaient que des squelettes noueux se détachant sur la blancheur aveuglante de la couche neigeuse.



9 из 237