
Nous prîmes la route qui montait vers le Kongoroï. Les paysans sortaient de chez eux pour chanter des chants de bienvenue au passage du septarque. Les montagnes nues se dressaient comme des dents pourpres fendant le ciel gris, et, même à l’intérieur des voitures, nous frissonnions, mais la beauté majestueuse de l’endroit m’empêchait de penser à cet inconfort. De grands pans rocheux flanquaient la route caillouteuse et il n’y avait pratiquement ni terre ni arbres, sauf dans quelques lieux ombragés. En regardant derrière nous, nous pouvions voir Salla s’étaler sous nos yeux comme une carte, avec la blancheur des régions occidentales et les amas foncés qui parsemaient la rive orientale, plus habitée : tout cela diminué et rendu irréel par la distance. Jamais je ne m’étais autant éloigné de chez moi. Malgré l’altitude où nous nous trouvions – à mi-chemin, semblait-il, entre la mer et le ciel – les plus hauts sommets des Huishtors s’élevaient encore devant nous, comme un mur compact barrant le continent du nord au sud. Leurs crêtes neigeuses et déchiquetées couronnaient leurs versants abrupts, et je me demandais si nous allions poursuivre ainsi notre route jusqu’en haut ou s’il existait réellement un passage. J’avais entendu parler de la Porte de Salla et je savais que notre route y menait, mais elle m’apparaissait plus ou moins mythique en cet instant.
Et nous montions toujours ; nos moteurs hoquetaient dans l’air glacial, et nous devions souvent nous arrêter pour en dégeler les tuyauteries ; dans l’air raréfié, nous avions peine à respirer et notre tête tournait. La nuit, nous nous reposions dans les camps aménagés à l’intention des septarques en déplacement, mais leur installation était loin d’être royale, et dans l’un d’eux, où une équipe entière de serviteurs avait péri quelques semaines auparavant dans une avalanche, nous dûmes nous frayer une voie à travers des monceaux de neige entassée pour nous ménager un accès.