
Noïm était toujours pessimiste ; je ne fus pas affecté par son propos et me mis à compter les jours qui nous séparaient de la Porte de Salla. Quand nous l’atteignîmes, je n’étais pas préparé à la splendeur du lieu. Toute la matinée et une partie de l’après-midi, nous avions suivi une route escarpée au flanc du mont Kongoroï, baignés par l’ombre que projetait son énorme double sommet. J’avais l’impression que notre ascension était sans fin, et toujours le Kongoroï nous dominait de toute sa hauteur. Puis notre caravane obliqua vers la gauche, les voitures disparaissant l’une après l’autre derrière un pylône enrobé de neige sur le bord de la route, et, quand ce fut le tour de la nôtre et qu’elle eut atteint le tournant, je pus contempler un spectacle grandiose : une large faille dans la paroi montagneuse, comme si une main cosmique avait soulevé un quartier du Kongoroï. Et, à travers cette faille, jaillissait la lumière du jour ainsi qu’une gerbe éblouissante. C’était la Porte de Salla, la passe légendaire par laquelle nos ancêtres avaient pénétré pour la première fois dans notre province, au terme de leur errance dans les Terres Arides. Nous la franchîmes joyeusement, à deux et même à trois véhicules de front, et, avant d’établir notre camp pour la nuit, nous pûmes contempler dans toute leur étrange splendeur les Terres Arides, dont le paysage étonnant s’étendait au pied de la montagne.
Les deux jours suivants, nous descendîmes le versant occidental du Kongoroï, avançant avec une comique lenteur sur une route en lacets à la dangereuse étroitesse : une fausse manœuvre, et un véhicule pouvait être précipité dans le vide. Il n’y avait pas de neige sur cette face des Huishtors, et la roche baignée de soleil avait un aspect oppressant qui engourdissait les sens. Devant nous, en contrebas, il n’y avait que l’étendue rougeâtre du désert vers lequel nous descendions. Nous abandonnions l’hiver pour gagner un monde suffocant, où chaque inspiration picotait les poumons, où le vent sec soulevait en nuages la poussière du sol, où des bêtes aux formes étranges s’enfuyaient avec terreur à notre approche.
