
On répartit les groupes, et je fus choisi parmi les douze compagnons du septarque. « On partage ta joie », me dit Noïm avec solennité, et il y avait des larmes dans ses yeux comme dans les miens, car il savait comme je souffrais de l’indifférence de mon père. Au lever du jour, le lendemain, les groupes se mirent en chasse, au nombre de neuf, dans neuf directions différentes.
Il est considéré comme indigne de prendre un cornevole à proximité de son nid. À son retour, le rapace est habituellement chargé de viande pour ses petits, ce qui le rend maladroit et vulnérable, privé de sa grâce et de sa puissance. En tuer un alors qu’il se pose lourdement n’offre guère de difficulté, mais seul un vil montreur de soi oserait le faire. (Montreur de soi ! Voyez comme ma plume me tourne en dérision ! Moi qui en ai montré plus de dix hommes de Borthan, je continue inconsciemment d’utiliser ce terme comme une insulte ! Mais laissons-le subsister.) Je voulais dire que la vertu de la chasse réside dans les périls et les embûches de la poursuite et non dans la prise du trophée, et que nous chassons le cornevole pour mettre à l’épreuve notre habileté et non pour dévorer sa chair blafarde.
Ainsi les chasseurs vont-ils au cœur des Basses Terres Arides, là où même en plein hiver le soleil est dévastateur, où il n’est pas d’arbres pour dispenser l’ombre ni de ruisseaux pour étancher la soif.
