Tous les membres de l’expédition appartenaient à la noblesse, et tous manièrent eux-mêmes la pelle, sauf le septarque, pour qui le travail manuel eût été un péché. Comme j’étais l’un des plus robustes, je creusais plus vigoureusement que quiconque, et, comme j’étais jeune et impétueux, je me dépensais sans compter. Je finis par m’effondrer inanimé dans la neige, où je demeurai pendant une heure avant qu’on me remarque. Mon père vint à moi alors qu’on me soignait et m’accorda un de ses rares sourires ; sur le moment, je pris cela pour une marque d’affection, ce qui aida grandement à mon rétablissement ; mais, après coup, j’en vins à penser que c’était plus probablement de sa part un signe de mépris.

Ce sourire me soutint durant le reste de notre ascension des Huishtors. Je n’avais plus hâte d’avoir passé les montagnes, car je savais que nous finissions par atteindre notre but et que, sur l’autre versant, mon père et moi chasserions ensemble le cornevole, nous gardant mutuellement des périls, traquant le gibier côte à côte, en une intimité qui n’avait jamais existé entre nous au cours de mon enfance. Quelque temps après, j’en parlai à mon frère par le lien Noïm Condorit, qui voyageait dans la même voiture que moi et qui était le seul être au monde à qui je pouvais confier de telles choses. « On espère être choisi pour faire partie du groupe de chasse personnel du septarque, lui dis-je. On a une raison de penser qu’on en recevra la demande. Et un terme sera mis à la distance entre le père et le fils.

— On rêve, me répondit Noïm Condorit. On confond son imagination avec la réalité.

— On pourrait espérer, répliquai-je, recevoir plus d’encouragements de la part de son frère par le lien. »



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