Il ne fait pas de doute que le pouvoir politique que j’ai naguère détenu a contribué à conduire vers ma couche de nombreuses partenaires ; pourtant, c’était sûrement aussi mon physique qui les amenait à moi, quelles que soient leurs motivations plus subtiles. Mais j’ai déçu la plupart d’entre elles. De gros muscles et un corps velu ne font pas forcément un amant expérimenté, pas plus qu’un membre génital aussi massif que le mien n’est une garantie d’extase. Je ne suis pas un champion de la copulation. Vous le voyez, je ne vous cache rien. Il existe en moi une certaine impatience constitutionnelle qui ne s’extériorise que durant l’acte charnel ; quand je pénètre une femme, je ne tarde pas à me retrouver sans ressources, et il est rare que je puisse prolonger l’acte jusqu’au moment où elle trouve son plaisir. Je n’ai jamais à quiconque, pas même à un purgateur, confessé cette carence, et il n’a jamais été dans mes intentions de le faire. Mais un bon nombre de femmes de Borthan ont découvert de la façon la plus directe possible, et à leurs dépens, mon infirmité majeure, et l’amertume que certaines en ont conçue les a sans nul doute poussées à ébruiter la chose afin de pouvoir rire avec perfidie à mon détriment. Je verse donc l’information à ce dossier pour mémoire. Je ne vous laisserai pas m’imaginer comme un colosse épanoui sans vous faire savoir avec quelle fréquence ma chair a trahi mes appétits. Il n’est pas impossible que cette défaillance soit au nombre des forces qui ont modelé mon destin jusqu’à son aboutissement présent dans les Basses Terres Arides, et il importait donc que vous en soyez averti.

5

Mon père était septarque héréditaire dans la province de Salla, sur notre côte orientale. Ma mère était la fille d’un septarque de Glin ; il l’avait rencontrée au cours d’une mission diplomatique, et leur union se décida, paraît-il, dès le premier regard. Leur premier enfant fut mon frère Stirron, aujourd’hui septarque à Salla à la place de notre père. Je vins au monde deux ans plus tard ; puis, après moi, ce furent trois filles. Deux d’entre elles sont toujours en vie. Ma sœur cadette a été tuée par des assaillants venus de Glin il y a de cela vingt lunes.



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