
Je partis donc avec mon groupe et pris le guet jusqu’à midi. Bien que je n’en exposasse que le moins possible, le soleil cuisait ma peau, dont le hâle avait disparu avec l’hiver. La plus grande partie de ma personne était engoncée dans des vêtements de chasse de cuir écarlate, à l’intérieur desquels j’étouffais. Je buvais à ma gourde juste assez pour ne pas succomber à la soif, car j’imaginais les yeux de mes compagnons fixés sur moi et ne voulais trahir aucune faiblesse. Nous étions disposés en double hexagone avec mon père seul au milieu. Le hasard avait voulu que je fusse placé au point de mon hexagone le plus proche de lui, mais entre nous il y avait plus que la distance d’un jet de javelot, et de toute la matinée le septarque et moi n’échangeâmes pas une parole. Il se tenait fermement campé sur ses pieds, scrutant le ciel, l’arme prête à entrer en action. S’il lui arrivait de boire, je ne le surprenais jamais à le faire. J’étudiais le ciel moi aussi, jusqu’à en avoir les yeux douloureux, jusqu’à sentir les faisceaux lumineux jumelés qu’ils me transmettaient percer mon cerveau et marteler l’arrière de mon crâne. À plus d’une reprise, je crus apercevoir la tache infime d’un cornevole en altitude, et, une fois, je fus prêt à ajuster mon arme pour viser l’un de ces rapaces imaginaires, ce qui aurait fait de moi un objet de honte, car on n’a pas le droit de tirer avant d’avoir revendiqué par un appel à haute voix la priorité d’avoir vu le premier sa cible. Mais je ne tirai pas, et quand je rouvris les yeux après avoir cillé, il n’y avait rien de visible dans le ciel. Les cornevoles semblaient être ailleurs ce matin-là.
À midi, mon père donna un signal et nous partîmes plus loin sur la plaine, sans modifier notre formation. Peut-être les rapaces nous trouvaient-ils trop groupés et se tenaient-ils à l’écart. Notre nouvelle position m’amena au sommet d’un monticule, presque en forme de sein de femme, et je fus saisi de peur en y prenant pied.
